L'île aux enfants
Avec une chanson
Et un peu d’imagination
Je vous emmène notre î-île
Au pays du bonheur facile.
Si vous me rencontrez
Ne soyez pas terrorisés
Je suis le montre qui fait rire (tin tin tin tin tin tin)
Je m’appelle Casimir.
J’ai la peau couleur orange
Je suis aussi doux qu’un ange
Si mes mains n’ont que quatre doigts
Ce n’est pas ma faute à moi
Si je mange du Gloubi-Boulga
C’est mon droit, c’est mon droit.
Le générique est assez simple. On s’approche au fur et à mesure d’une île entourée de nuages pastel et dominée par un arc en ciel. Le titre apparaît : « L’île aux enfants ». Ecoutons la chanson du générique :
Voici venu le temps des rires et des chants
Dans l’île aux enfants c’est tous les jours le printemps
C’est le pays joyeux des enfants heureux
Des monstres gentils, oui c’est un paradis.
Ce jardin n’est pas loin
Car il suffit d’un peu d’imagination
Pour que tout, auprès de vous
Poussent ces fleurs, ces rires et ces chansons.
Voici venu le temps des rires et des chants
Dans l’île aux enfants c’est tous les jours le printemps
C’est le pays joyeux des enfants heureux
Des monstres gentils, oui c’est un paradis.
Si seulement, vos parents,
avaient envie de vivre dans notre île
Tout serait, beaucoup plus gai,
et pour chacun la vie serait plus facile.
Le générique se passe et on découvre l’intérieur de l’île. On remarque d’emblée un kiosque occupé par une brune qui vend des bonbons. A gauche du kiosque un marchand de ballons multicolores. Tous les deux ont une trentaine d’années et son habillés comme il faut. A droite du kiosque un banc accueillant. Au fond un petit chemin jaune termine sa course dans des arbres feuillus aux fruits juteux et prometteurs. Des enfants jouent sur des balançoires. La marchande et le marchand distribuent ballons et bonbons aux enfants. Personne ne paie. Manifestement le générique disait vrai. Ca ressemble au paradis.
Tout à coup une espèce de tyrannosaure surgit. Il est jaune et a des écailles orange foncées sur le dos. Des taches sur le ventre et le flanc sont révélatrices d’une alimentation et d’une digestion vraisemblablement déplorables. Le monstre caresse la tête des enfants qui semblent hypnotisés. Les deux commerçants se retournent attirés par le mouvement des enfants et au lieu de les secourir sourient au tyrannosaure édenté. Les monstres gentils du générique ne sont donc pas les parents des enfants mais certainement la famille du dinosaure qui, de prime abord, paraît effectivement sympathique. François (le marchand de ballons) et Julie (la vendeuse de bonbons) s’approchent du tyrannosaure et François demande : « Tiens Casimir, comment vas-tu aujourd’hui ? » A ce moment je me pose une légitime question : qui est ce Casimir dont François parle ? S’adresse-t-il au monstre ? Avant la fin de ma question j’assiste stupéfait à la répartie du dinosaure. Bien que nasillarde celle-ci est courtoise. « Très bien François et toi ? » Le jeune homme parle bien au tyrannosaure. Apparemment ils se connaissent assez bien. Rassuré je ne crains plus pour la vie des occupants de l’île, le dinosaure est pacifique. François répond : « Je vais bien Casimir merci. Dis-moi cela faisait longtemps que l’on ne t’avait pas vu. » Le ton employé par le jeune marchand de ballons me fait penser que celui-ci est un peu niais. Impression confirmée après une courte réflexion intérieure. Peut-on réellement envisager un avenir sérieux en vendant à trente ans des ballons à des enfants qui d’après les premières images ne règlent manifestement pas la marchandise qu’ils emportent ? L’avenir du commerce de François me paraît sinon compromis tout du moins préoccupant.
Mais laissons de côté ces considérations financières et reprenons le cours de l’épisode de ce jour. Casimir (le monstre jaune) répond en chuchotant : « Non je prépare l’anniversaire de Léonard. Mais c’est une surprise. » François lève les sourcils et paraît étonné. J’ai peur que ce Casimir apparemment gentil ne cache son jeu. Je bondis de mon siège et hurle : « Barre toi François ! Il est pourri ! Il va te bouffer ! » Les yeux aussi écarquillés que ceux de François j’attends l’image suivante persuadé d’une scène carnassière imminente. Tout au contraire c’est la jeune vendeuse de bonbons qui intervient : « C’est l’anniversaire de Léonard ? » dit-elle d’un ton aussi niais que celui de François. Les deux adultes de l’île (puisque je ne connais pas l’âge de Casimir) me paraissent bien immatures. La vendeuse de bonbons a l’ouïe particulièrement fine puisqu’elle était à 5 mètres de la conversation entre François et Casimir (je pense qu’il faudra s’en méfier) ajoute en balançant son bassin de droite à gauche les mains derrière le dos : « Et c’est quoi cette surprise Casimir ? » Casimir a je pense la même méfiance que moi envers Julie et c’est pour cela qu’il lui répond : « Je ne peux pas te le dire Julie, sinon ce n’est plus une surprise. » Julie ravale sa rancœur et s’en retourne dans son kiosque. François bien que niais, nous l’avons vu, fait preuve de plus de finesse et de subtilité dans son approche : « Tu as besoin d’un coup de main Casimir ? » Ciel, le monstre capitulera-t-il devant une ruse si habile ? Casimir répond poliment : « Non merci François, je devrais pouvoir me débrouiller tout seul. » On peut remarquer ici l’attitude décidée et courageuse du dinosaure car il n’hésite pas à porter à faux son amitié vis-à-vis des deux jeunes gens pour préserver la surprise pour Léonard s’exposant par là même à un complot. Du reste les choses ne traînent guère. Juste après le départ de Casimir les deux fourbes niais se rejoignent et s’empressent de combiner une sombre machination pour découvrir la surprise de Casimir pour Léonard.
Léonard que nous n’avons toujours pas découvert. Qui est ce Léonard qui fêtera prochainement son anniversaire ? Casimir semble lui porter une amitié et des sentiments réels. Est-ce aussi un dinosaure ? Quel est le degré d’intimité entre ces deux personnages ? Casimir est-il saurisexuel ?
J’attends la bouche bée quêtant le renseignement quand tout à coup apparaît un dessin animé. Julie, François et Casimir disparaissent de l’écran. S’en suit un scénario assez pénible où un oiseau prénommé Antivol par une voix off refuse obstinément d’aller chercher un cadeau perché dans un arbre sous prétexte qu’une mauvaise surprise y est peut être cachée. L’oiseau s’éloigne à petits pas et l’image réapparaît sur l’île aux enfants. Le suspens du complot entre Julie et François reprend de plus belle avec la multitude de questions sur la vie sexuelle de Casimir. Décidément l’île aux enfants relègue l’affaire des poisons à un simple comte de fées. Le décor est cette fois différend. Le spectateur est projeté à l’intérieur de ce qui semble être une maison bien que la construction présentée donne plutôt la sensation d’un tepee à fenêtres sans vitres. Aucune protection contre le vol. L’île aux enfants doit être certainement un endroit très sûr. Au milieu de la pièce trône une table. Sur la droite une malle est posée sur une estrade. Deux personnages frappent à l’huis. L’un des deux est préposé aux postes, l’autre est à première vue richement vêtu. Il est en costume blanc et porte un assez grand chapeau, blanc lui aussi. L’uniforme du préposé est un uniforme français. L’île aux enfants appartient donc à la mère patrie. Sa situation exacte sur le globe terrestre reste cependant encore très floue. Les deux personnages appellent ensemble : « Casimir ! ». L’effet comique sans être d’une puissance exagérée est toutefois réel puisque les deux personnages crient de concert à travers ce qui semble être une ouverture de porte. La pièce n’est cependant pas très grande et un simple coup d’œil aurait suffi à déceler l’absence de l’occupant de la mansarde. Néanmoins à la décharge des deux protagonistes de la scène, le spectateur aura tout de suite compris chez qui ils se trouvent. La construction originale n’est autre que la « maison » de Casimir. Quand on se rappelle des dimensions du saurien on comprendra tout de suite les raisons de l’architecture. L’absence de porte est également justifiée par le fait que Casimir n’a que quatre doigts. La préhension doit être un souci permanent dans la vie quotidienne de l’animal.
Le préposé aux postes s’adresse (ah ! ah !) au monsieur richement vêtu : « Vous voyez Monsieur-Du-Snob, il n’est pas là ». L’autre répond : « Tant pis Facteur. Vous serez le seul à découvrir ma nouvelle toile ». Nous connaissons maintenant deux autres personnalités de l’île aux enfants. Le préposé aux postes dont on ignore encore le patronyme mais gageons que « Facteur » doit être un diminutif amical de la plupart des habitants de l’île, et Monsieur-Du-Snob dont le patronyme sous forme de sobriquet est révélateur d’une vision caricaturale des classes sociales par les auteurs. Cette description politique des gens de la haute société est d’autant plus déplorable que le spectacle s’adresse d’abord à des enfants. L’accoutrement et la manière de parler de Monsieur-Du-Snob sont également des pastiches de la jet society. Vous allez voir qu’en plus il peint mal. Sentiment accentué par la mine défaite du facteur à l’instant où Monsieur-Du-Snob lui annonce qu’il lui fera savourer la primeur de sa peinture. Les deux personnages s’en vont en devisant de concert sur les conditions climatiques particulièrement clémentes sur l’île depuis le début de l’épisode.
L’absence de Casimir ne les trouble aucunement. Est-il coutumier du fait ? Casimir se sent-il mal à l’aise chez lui ? L’architecture de sa maison est elle révélatrice d’un malaise ? Que veut réellement signifier cette absence de porte et de fenêtres chez Casimir ? A peine se pose-t-on toutes ces questions qu’on entend une voix caverneuse chantonner un refrain inconnu. L’objectif de la caméra se rapproche de la malle qui s’ouvre. En sort un animal poilu au corps jaune, aux oreilles marron foncé, au museau marron clair et à la truffe noire. Il ressemble à un chien. Lui aussi parle. Il appelle également Casimir. Bien sûr personne ne lui répond. Il grogne un texte difficilement perceptible mais il peste sur l’absence de tout personnage dans la maisonnée. Je trouve l’attitude cavalière. Visiblement les lieux lui sont plus familiers qu’au facteur et à Monsieur-Du-Snob. On le croirait chez lui. Se peut-il qu’il habite chez Casimir ? Cette malle n’est-elle pas une niche ou une chambre aux dimensions nettement plus petites que celles du saurien ? Quoi qu’il en soit l’apparition de l’animal est brève car s’apercevant de l’absence du dinosaure, le « chien » retourne prestement dans la malle. Le couvercle s’abat violemment sur la malle et fait basculer le spectateur dans le doute.
De nouveau changement de décor. Tout comme l’interruption de l’épisode au moment où Julie et François complotaient après le départ de Casimir, l’épisode décroche soudainement. Deux petits mexicains, un rouge et un bleu surgissent. Ils marchent de travers dans un décor composé de cubes et de rectangles multicolores. Leur langage est incompréhensible. Seul le générique est audible : « Chapi Chapo balabo, Chapo Chapi balabi, dilidididala, dada, balabala ». Les deux mexicains sont blonds et très jeunes. L’un est très certainement une fille (en rouge) et l’autre un garçon (en bleu). C’est la longueur de leurs cheveux qui permet cette différenciation sexuelle. Les mexicains jouent autour des figures géométriques et les secouent jusqu’à ce qu’un molosse aux formes rectangulaires apparaisse. Il a l’air féroce mais les mexicains s’en feront un ami et entameront une danse en l’honneur de leur nouveau compagnon. La musique est à base de violons.
Retour sur l’île aux enfants et sur le kiosque de Julie décoré de ballons et de serpentins. Visiblement l’atmosphère est à la fête mais le square de l’île est désert. Le « chien » qui tout à l’heure sortait de la malle de Casimir surgit du kiosque de Julie. Peut être monte t-il sur une caisse car il éprouve manifestement des difficultés à se hisser à la hauteur du comptoir. L’animal doit être très petit. L’irascible « chien » peste comme chez Casimir devant l’absence de personnages dans le square. Il est vrai qu’il n’a pas de chance. A chaque fois qu’il apparaît personne n’est là. Soudain, Julie, François, le facteur et Monsieur-Du-Snob surgissent de l’arrière de l’échoppe et crient ensemble : « Joyeux anniversaire Léonard ! » en faisant une ronde autour du kiosque. Le « chien » surpris suit ses amis des yeux et montre son émotion en gardant sa gueule ouverte un long moment. Il bafouille quelques mots et ses amis lui donnent des cadeaux particulièrement originaux. François lui offre des ballons de toutes formes, Julie ses bonbons préférés, le facteur une boîte aux lettres à accrocher sur sa malle et Monsieur-Du-Snob une toile le représentant dans des couleurs assez douteuses. Après que Léonard ait remercié ses amis on entend la voix de Casimir qui arrive en courant : « Attendez, moi aussi j’ai aussi un cadeau pour Léonard ». Et Casimir offre un casque de mineur avec lampe frontale au « chien ». Le spectateur est assez surpris de la nature du cadeau que Casimir offre à Léonard et alors que l’on s’attend à un commentaire sur le sujet, c’est Léonard qui à son tour nous surprend en se montrant encore plus ému par ce cadeau. Il dit à Casimir « Merci Casimir. Il me servira beaucoup dans la nouvelle galerie que je suis en train de creuser ». En fait, Léonard n’est pas un chien mais un renard. Ce qui expliquait pourquoi il surgissait tour à tour de la malle de chez Casimir et du kiosque de Julie. Léonard le renard doit avoir plusieurs galeries communicantes. La caméra se porte de nouveau sur Casimir qui avoue penaud : « J’avais préparé un Gloubi-Boulga mais une fois terminé je n’ai pas pu résister et j’ai tout mangé ». La caméra retourne en plan général où tous les personnages du square clament en choeur : « Oh Casimir ! ». Le plan final de l’épisode, après que l’on ait entendu une trompette bouchée jouer quelques notes, est un gros plan de Casimir qui en guise de conclusion prononce de sa voix nasillarde : « Ouais et alors ? ».
Quelques réflexions et éclaircissements. Le fameux Gloubi-Boulga dont parle Casimir est en fait un plat de sa composition. On apprend dans les autres épisodes qu’il est le seul à pouvoir en manger. Et pour cause, celui-ci se compose de confiture de fraises, de chocolat râpé, de bananes écrasées, de crème chantilly, de saucisses de Francfort et de moutarde forte. On notera par contre l’avarice des habitants de l’île. En effet les cadeaux offerts à Léonard sont de valeurs financières peu élevées. Léonard bien que paraissant être le sujet principal de l’épisode relaté intervient rarement dans le reste de la saga de l’île aux enfants. D’où peut être des cadeaux de moindre importance.
Si on pousse l’analyse du comportement des personnages de l’île un peu plus en avant que ce bref aperçu, on se rend compte que finalement on est très loin du fameux paradis dont parlait la chanson du générique. Casimir est peut être un dinosaure doté de la parole mais il est aussi puant de suffisance. Sous une bonhomie extérieure se cache un esprit retors et égoïste. A chaque épisode il s’attribue la vedette et se fout du monde. Seulement avec moi le coup du dinosaure ça ne marcherait pas à chaque fois ! Je n’en dis pas plus. Il comprendra.
François lui, est visiblement pédophile. On l’aperçoit souvent derrière les arbres en compagnie d’enfants et principalement de très jeunes garçons. Julie, son éminence grise, joue également le rôle de rabatteuse et attire ceux-ci par de tentantes friandises empoisonnées. En fait Julie ne rêve qu’à deux choses : se faire déniaiser par François et voler Monsieur-Du-Snob. François est bien trop attiré par les garçonnets de l’île pour s’apercevoir du désir de Julie. Quoi qu’il en soit les deux jeunes gens complotent à longueur de temps. Julie vole le courrier du facteur qui fait figure de dégénéré profond. Le courrier qui reste après les vols de Julie est distribué n’importe comment par cet alcoolique invétéré. Du reste il est proprement scandaleux que l’administration des Postes et Télécommunications laisse en place un préposé au courrier pour huit habitants (François, Julie, Casimir, Hippolyte, Léonard, Monsieur-du-Snob, le Facteur et l’autre chiante dont j’ai oublié le nom et qui donne des cours de maintien).
Monsieur-Du-Snob est un mégalomane doublé d’un sombre crétin qui parle avec un accent parisien bien ridicule. C’est un fort mauvais peintre zoophile de surcroît. J’ignore volontiers Hippolyte qui atteint des hymalayas de stupidité et de maladresse. Lui et Monsieur-Du-Snob se font des langues sous la douche.
Le seul à épargner est Léonard qui semble à chaque fois parachuté dans les épisodes. Sa voix grave et prétexte à un texte lamentable qu’il ne mérite pas. Les auteurs doivent être très certainement des castras.
Ma conclusion : c’est quand même moins con que Gédéon le Canard.
Par Tonton Bertrand, Mardi 27 Decembre 2005 à 11:09 GMT+2 dans Divers (article, RSS)



