Mardi 15 Novembre 2005
L'ode aux Rhinos
Dans la partie la plus septentrionale d’un doux pays tricolore, de nobles et farouches adeptes d’un jeu de crosse gazonné avaient choisi pour emblème un herbivore cornu. Magnifiques, admirables, élégants, sublimes mais avant tout modestes, ces mâles aux physiques olympiens donnaient tout son sens au mot « HOMME ».
Les croyants, dévots ou mystiques voyaient en chacun d’eux l’incarnation idéale d’une divine existence tandis que les incrédules, athées, païens ou libres-penseurs s’émerveillaient naturellement devant ces inaccessibles Himalayas de perfection masculine. Tous admiraient ces anatomies irréprochables, tous enviaient ces esprits sages dont la finesse rivalisait avec la bonté. Accomplissement divin ou plus simplement pureté achevée, un seul mot venait à l’esprit en les voyant, c’était majesté.
On n’osait dire d’eux qu’ils étaient beaux et parfaits tellement toute tentative de description semblait vaine, dérisoire, superfétatoire.
Ce troupeau d’Apollons se réunissait un soir par semaine pour de fraternelles et homériques joutes où les prouesses rivalisaient avec le bon esprit et la franche camaraderie. Sur un terrain sableux, nos Adonis distillaient dans un halo de perfection l’art de leur sport et recueillaient ainsi la quintessence absolue de leur plénitude*.
Certains s’émouvaient sur l’indignité de leur aire de jeu mais aucun d’entre eux ne manifestait de griefs sur un quelconque forfait de lèse majesté car les rois de la terre auréolaient de leur mansuétude ceux qui avaient la chance de les côtoyer**. C’était aux temps immémoriaux où une poignée de main valait une accolade et où un sourire valait un compliment. Nés sur ce terrain rugueux qu’ils portaient en eux, ils étaient devenus frères de crosse. L’amitié fit une fratrie, leur talent une légende***.
L’apothéose de ces moments survenait après chaque entraînement dans la secrète intimité de ce sanctuaire de magnificence que devenaient les vestiaires hommes lorsque les Rhinos, aux regards pleins d’une joie profonde, y pénétraient.
Oints de leur seule sueur qui donnait à ces corps un reflet d’airain, ils apparaissaient enfin dans l’éclat triomphant de leur nudité. Chaque semaine, à ce moment précis, la grâce donnait le jour à la féerie****.
Tout ça c’est très joli se dit le lecteur, mais quand est-ce qu’il commence à déconner le Bébert ? On y va, on y va…
Un dieu Rhino, connu pour ses légendaires saillies se confia à un de ses crossbrother et avoua le plaisir qu’il éprouvait à posséder des filles d’écosse juste après avoir franchi l’huis du club car elles lui semblaient sensuellement « plus suaves et satinées ». Le confident feignît ne pas connaître cette volupté : « D’Ecosse, de Galles ou d’Irlande, une fille plus ou moins emprunte de celtitudes que l’on aime ici ou ailleurs est une femme que l’on aime de cœur. Pourrais-tu ordonner tes amours ? » « Point du tout » répondit l’étalon, « Mais juste après l’entrée, ne ment, c’est bon de se prendre une douce écossaise ! »
* Bon d’accord, la quintessence absolue de leur plénitude, ça ne veut absolument rien dire, mais on s’en fout, c’est beau !
** Il est bon de rappeler à la gent féminine que pour plusieurs peuplades, toucher la crosse et les balles d’un Rhino porte bonheur et que dans beaucoup de pays d’audacieuses gourgandines se plaisent à souvent les embrasser. On rapporte également des cas de guérisons et de miracles grâce à l’apposition de ces virils attributs. Le Vatican troublé, enquête encore. Enfin vivre aux côtés d’un Rhino demeure pour la femme la concrétisation de toutes ses utopies (oserions-nous phantasmes ?). Rares sont celles qui ont ce privilège et qui se font un plaisir de manifester par de légitimes et répétés bienfaits leur dévotion au mâle, car l’épouse d’un Rhino ne pourrait être ingrate et renégate tellement elle trouve dans son bonheur quotidien la source de toute inspiration et la jubilation d’exister.
*** Ah ouais !
**** Ah, ouais, ouais !
Par Tonton Bertrand, Mardi 15 Novembre 2005 à 22:59 GMT+2 dans Divers



