Mardi 8 Novembre 2005
Gisela
Il était une fois en Sarre*, une charmante enfant prénommée Gisela par ses gentils parents Hans et Greta HUNTERSTEINER. Rousse aux yeux marrons et au teint de lait, la petite Gisela avait autant le type saxon qu’un orang-outang ressemble à une clé de douze. Son papa (à Gisela, pas à l’orang-outang ni à la clef de douze), solide bavarois séraphique avait un instant caressé le doute d’une infortune conjugale en raison de l’amicale accointance qui liait sa charmante épouse Greta à Eirnin O’RYAN, préposé aux postes de cognation gaélique. La confiance d’Hans, envers la chasteté et la fidélité de Greta, balaya rapidement tout soupçon car les dons naturels de Gisela pour la harpe celtique et la cornemuse étaient naturellement les mêmes dont Hans faisait preuve lorsque petit, il pulvérisait son petit tambourin avec une massette.
Outre ses prédispositions musicales, Gisela cultivait une passion dévorante pour les poulies, treuils, palans, cabestans ce qui ravissait son père qui abhorrait les chouchouteuses et les gnagnagnéreuses. Dans ses rêves les plus fous, Gisela se voyait à la création, aux commandes et à la manutention de palonniers à ventouses, tables élévatrices, portiques de levage et autres ponts roulants.
Greta elle-même s’amusait à observer sa rouquine de fille promener sa caisse à outils dans le pré voisin qui ne sentait pas la sarriette puisque l’action se passe en Rhénanie profonde**. Gisela installait sur le tronc ou la branche d'un vieil arbre tous ses articles de levage et s’amusait ainsi à soulever des pierres et des souches alors que ses petites camarades de classe brossaient leurs barbies, sautaient à l’élastique ou jouaient à la marelle.
Mais là où Gisela excellait, c’était dans l’art de mettre en couleurs ses jouets. En effet, non contente d’hisser ses charges, l’enfant parait harmonieusement ses engins de teintes multicolores aux nuances chamarrées (c’est dire si on nageait dans le beau). L’application dont elle faisait preuve était récompensée par un ensemble d’une grâce exquise. Sous les coups de pinceau de l’enfant, l’outil industriel devenait œuvre et les parents de Gisela se sentaient brutalement pénétré émotionnellement par les instruments (surtout Greta).
Cet été là, Wilhelm BUCHWALDERMITSCHERDOERFFER (ce qui, entre nous, est imprononçable), industriel de Schleswig-Holstein (à croire qu’il le faisait exprès !), promenait sa solennelle personne et JU (ouf !), bâtard canin fruit optatif de la saillie entre un papillon et un pékinois. La bestiole femelle était également surnommée affectueusement « Pépette » gémination originale de l’estimable entrepreneur qui paraissait moins auguste lorsqu’il entretenait à l’imparfait son cerbère de salon et recevait pour toute réponse un regard d’un vide abyssal, le canidé ayant cependant le bon goût de remuer la queue pour faire plaisir à son pépère. Une larme de bonheur poignait chez Wilhelm BUCHWALDERMITSCHERDOERFFER lorsque celui-ci demandait : « Et elle était où la Pépette à son pépère ? », ce qui en version originale donne à peu près « Und wo war die Pépette von ihre pépère ? » et reste un tantinet moins poétique, quoique.
A l’occasion du soulagement d’impériosités urinaires synchrones, Wilhelm et JU qui partageaient depuis toujours les mêmes arbres ou lampadaires, ouïrent les chants proches d’une enfant pré pubère. Leurs irrorations achevées, les incontinents se dirigèrent incontinent vers la douce mélopée. Wilhelm fut encore plus ému par la beauté des palans que si JU eût gît dessus***.
L’émoi du dirigeant était d’autant plus fort que Wilhelm industriait (permettez moi ce barbarisme) dans les peintures, laques, vernis et lavis de toutes sortes. Il entretint l’enfant de la sorte :
« Or donc mon bel enfant, que tes treuils sont jolis,
Et moi qui suis marchand, de peintures et lavis,
Voudrais que tu essayes, de laquer celui-là,
Et ainsi de l’oseille, de ma bourse il pleuvra. »
« Monsieur le richissime, cela je ne le fais,
Pour gagner de l’estime, ou crouler sous le blé.
Reine de toutes les poulies, ce titre donc n’ai cure,
Et préfère coterie, à honneur et luxure. »
« Jolie fille orangée, ce talent là ne gâche,
Avant de te vexer, il faut bien que tu saches,
Que dans ce monde cruel, les dons ne sont légion,
Et que peindre aquarelles, sur palans peu le font.
A tes parents penser, également il le faut,
De leur vie enlever, et tu le peux très tôt,
Leurs tracas et soucis, en acceptant céans,
D’exposer ces outils, contre ce bel argent. »
La fillette au cœur d’or, dit oui à son mécène,
Et retourna alors, en pensant à l’aubaine,
Dans la petite cassine, elle annonça fièrement,
En gonflant la poitrine, la nouvelle à Maman.
« Tendres et aimés parents, notre bonheur est fait,
Et je vais sur le champ, bien fort m’y employer.
Ce gros amphitryon, avec chien et voiture,
Me donnera du pognon, contre mes dons de peinture. »
On fit comme il fut dit, et Gisela partit,
Pour adjoindre coloris, à ces fameuse poulies.
Le succès vint fort tard, car de ventes il n’y eut,
Mis à part un hussard, d’une industrie pointue.
Appelant le patron, celui-ci expliqua,
« Votre concept est bon, mais la forme merda,
Tendez donc cabestans, et laquez les plutôt,
Vous verrez qu’à l’instant, le succès sera haut.
De votre marque Essaim, ayant comme bel emblème,
Cette abeille je ne crains, qu’il n’y ait de problème.
Que cette enfant douée, laque donc sagement,
Ces outils de levée, devant tous vos clients. »
L’artiste laqua posée, comme le hussard voulut,
Avec l’Essaim pointé****, comme porté aux nues.
Elle tendit joliment, ses palans et poulies,
Si bien qu’en peu de temps, la fortune sourit.
Moralité : La petite Gisela tend sagement ses palans à laque Essaim.
* N’omettons pas que la Sarre est digne.
** Ou en basse Saxe (on notera mes difficultés avec la géographie teutonne)
*** Olé !
**** Hum
Par Tonton Bertrand, Mardi 8 Novembre 2005 à 12:00 GMT+2 dans Divers



