Mercredi 26 Octobre 2005
Calixte 1er
Nombreux furent les papes qui laissèrent dans l’histoire leur nom associé soit à la création ou à la modification de la chrétienté, à bulles ou encycliques, voire à rejetons ou autres marmousets selon leurs inclinaisons envers le beau sexe ou la guenon bonobo.
Il est bon de rappeler le rôle essentiel que Calixte 1er (217 – 222) joua dans l’agricole (je parle de l’histoire, pas de la guenon) au risque d’éclipser sa réputation fort justifiée de « Pape de l’indulgente bonté ».
Lorsqu’il n’étudiait pas les Saintes Ecritures, Calixte aimait flâner dans la vaste campagne en proie à de saintes et pieuses méditations en jouant d’une flûte habilement réalisée par ses soins. Calixte interrompait cependant celles-ci afin de prendre le pouls de son prochain, souvent paysan (on aurait pu écrire que Calixte aimait prendre la température des cultivateurs et à souffler dans le pipeau mais ces circonlocutions me voueraient à d’infernales gémonies ce que Dieu me garde. Odi profanum vulgus et arceo*).
Alors que le débonnaire Calixte s’enquérait du sort ingrat d’un laborieux, celui-ci l’œil humide de reconnaissance expliquait à Sa Sainteté que les récoltes de millet devenaient de plus en plus difficiles.
« Comment cela se puisse t-il ? » interrogea Calixte. « Se peut-il » reprit l’agricole car s’il possédait un accent transpirant la terre et le roc il n’était pas privé d’une grammaire (latine. Ah, ah !).
« Voilà, Messire not’pape. Le millet s’couchions sans qu’nous savions pourquoé. Alors qu’jadis les épis étions droits et fiers, voilà qu’maintenant z’étions tous couchés et courbés. On dirions qu’ils étions malheureux comme nous aut’ ».
« Eh bien » dit Calixte en son for intérieur. « Ce bougre semble dans l’embarras. Mais vu de la façon dont qu’il cause, ça m’étonnerait pas que le latin, il deviendrait une langue morte dans peu. »
« Qu’est-ce que toi y en a dire à moi ? » dit Calixte au rural. Après avoir traduit la doléance de l’agraire, Calixte avoua penaud que, bien qu’il fut au plus près des bénédictions célestes, il ne pouvait rien pour la torde céréale. « Prie le Seigneur Tout Puissant et joue lui donc un air dans ce roseau pour lui rendre grâce. Si tes prières sont sincères, le Seigneur te récompensera ». Calixte reprit sa route laissant l’agreste devant son millet, un flageolet dans la main.
Circonspect, le rustique se demanda un moment si le souverain pontife ne s’était pas moqué de son gilet. Il se ravisa promptement car le bougre n’en possédait point, et priant de toute son âme, il souffla dans l’instrument papal (hum).
Miracle ou coïncidence, les épis de millet se dressèrent immédiatement à l’entame des premières, mais pourtant fausses, notes. Cet évènement fit le tour de la contrée et les rustiques d’environ accoururent chez le planteur heureux.
« Par quel prodige tes épis se dressent-ils vers les voussures célestes ? » demandèrent ses champêtres voisins. Le fortuné aux épis turgescents répondit :
« Que ne sais-je mes compères, mais c’est en un éclat,
Que cessa ma misère, et que mon champ fut droit,
A cet appeau je dois, d’avoir sauvé millet,
Et Calixte il faudra, ce jouet baptiser. »
Ce fut jour de liesse et le paysan se rendit sur chaque parcelle pour jouer quelques notes du Calixte. A chaque fois le même prodige s’accomplit. Les paysans marchèrent vers le quartier du Trastevere où résidait le vicaire de Dieu. Après avoir relaté au prélat le miracle, ils lui demandèrent s’il ne possédait pas une grosse caisse, un tuba ou un harmonium permettant d’accélérer la croissance du millet. Car si la céréale poussait droit, elle était assez lente à pousser.
« Malheureusement je ne peux rien de plus pour vous » répondit Calixte. « Dieu exauça vos prières et fit un miracle. Ne lui demandez pas de vous enrichir mais de protéger vos cultures. ». Il leur rappela la parabole de l’ivraie dans le champ sans que celle-ci ait le moindre rapport avec leur sollicitation mais ils repartirent contents.
Moralité de l’églogue : Il ne fallait pas craindre l’appeau Calixte de lent mil.
*Je hais le vulgaire profane et je l'écarte (HORACE, liv. III, ode I, vers 1).
Par Tonton Bertrand, Mercredi 26 Octobre 2005 à 12:07 GMT+2 dans Divers



